Accéder au contenu principal

Articles

Photographier Tours autrement : naissance d’un parcours autour de l’âme ancienne

Depuis plusieurs années, je photographie Tours avec régularité. Pas dans l’idée d’accumuler des images, ni de “faire le centre” comme on coche une case sur une carte. J’y retourne. Encore et encore. Aux mêmes endroits. À des heures différentes. Parfois sous la pluie, parfois dans le silence d’un matin d’hiver, parfois dans la lumière dorée d’une fin de journée d’été. À force, quelque chose s’est produit . Les images ont commencé à dialoguer entre elles. Certaines parlaient de solitude. D’autres de transmission. D’autres encore de mémoire. Je me suis rendu compte que je ne photographiais pas simplement une ville. Je photographiais une continuité . Une présence ancienne qui traverse le présent. Alors l’idée m’est venue presque naturellement : et si je traçais un parcours ? Non pas un circuit touristique, mais un chemin sensible. Un fil conducteur. Un thème. J’ai choisi de l’appeler L’âme ancienne de Tours . Ce parcours peut se parcourir en environ une heure, à un rythme tranquille. Il ...
Articles récents

Quand la Loire regarde le ciel

Je me souviens très précisément de ce moment. J’étais sur le Pont Wilson , le pont de pierre, sans projet, sans contrainte . Une balade photo comme on en fait parfois, quand on ne cherche rien d’autre que le fait d’être dehors. Je regardais vers l’ouest, là où la Loire s’élargit et où le regard finit toujours par partir plus loin que la ville. Dans mes écouteurs, One . Une musique qui accompagne les questions sans jamais y répondre. Il y avait ce léger flottement intérieur. Cette sensation d’être à un carrefour sans panneau. Qu’est-ce que je vais faire maintenant. Qu’est-ce que je vais découvrir. Rien d’angoissant, plutôt une disponibilité. Comme ces papillons qu’on ne poursuit plus, mais qu’on laisse venir se poser, s’ils en ont envie. Le ciel était vaste, changeant, presque trop grand pour la ville. La Loire, elle, restait immobile, fidèle à sa ligne, indifférente à mes états d’âme. Et puis, au moment de partir, juste avant de rompre l’instant, je me retourne. Par réflexe. Par habi...

Sous les phares, la ville respire

J’étais en mode pêche. Non pas pour attraper des poissons, mais des instants. Des reflets. Des signes. J’attendais quelque chose de plus fragile qu’un événement. Un regard , peut-être. Un sourire . Cette attente-là ne s’annonce pas, elle s’installe doucement, elle occupe tout. Elle ne fait pas de bruit, mais elle pèse. Fatigué, vidé par la journée, je m’y suis abandonné comme on s’abandonne au courant d’un fleuve. Alors je me suis assis sur un banc , avenue de Grammont. L’air était frais, chargé d’humidité, et la ville vibrait encore des derniers échos du jour. La nuit venait de tomber, lentement, sans drame. Le bitume luisait sous les réverbères, comme une mer grise et mouvante, une surface qui respire. Les vitrines baissaient leurs paupières de métal. Les enseignes s’éteignaient une à une. Il restait les phares, les halos, les ombres. Et moi, sur ce banc, à guetter une lumière , un signe, quelque chose ou quelqu’un qui me regarde en retour. C’est là que tout a commencé. Une lumière ...

Sous le ciel, la matière - Série 2

  Je marchais sans but précis, téléphone en main. Pas pour téléphoner, non. Juste pour voir autrement. La ville, après la pluie, semblait lavée de son bruit. Le goudron respirait. Les façades brillaient d’un éclat humide. Et là, sur le bord d’un escalier, un éclat plus doux a accroché mon regard. Un morceau de fer, sculpté, patiné, banal. Mais la lumière le touchait comme on effleure une joue endormie. J’ai levé le téléphone. Pas pour voler une image. Pour écouter ce que le monde disait dans ce chuchotement de métal et de jour. Une seconde, tout s’est arrêté. Et j’ai su que c’était là. Le lieu n’a rien d’exceptionnel. Un escalier ordinaire, une rambarde, un mur clair. Mais tout y est matière. Le fer raconte la main de l’homme. La pierre raconte le temps. Et l’air, entre les deux, raconte le passage. La photo a été prise à hauteur d’épaule, dans l’axe de la rambarde. Je voulais que la ligne m’emmène vers le haut. Le téléphone m’a obligé à m’approcher, à respirer dans le cadre. Pas d...

L’eau qui se souvient

Il y a des jours où je ne cherche rien. Et c’est justement là que quelque chose me trouve. Ce dimanche de mars, le ciel de Tours tirait vers le gris perle. Un froid encore léger, une lumière d’hiver qui s’étire sans vraiment réchauffer. Je marchais dans le jardin des Prébendes d’Oé, en errance douce, ni pressé ni posé. C’est un lieu familier, presque intime. J’y passe depuis des années, souvent sans m’arrêter. Un de ces endroits qu’on connaît trop bien pour les voir encore. Et pourtant, ce jour-là, quelque chose s’est déplacé. Pas la fontaine - elle est immobile depuis des décennies - mais mon regard. Une bascule minuscule : un éclat d’eau, un ruissellement, une vibration. Je me suis arrêté. Le bruit de l’eau couvrait le murmure de la ville. Ce n’était ni le vent ni la foule, juste un souffle liquide. Le genre de son qui nettoie la tête sans qu’on le veuille. J’ai sorti mon téléphone - mon Pixel 6 - sans réfléchir. Pas d’intention d’artiste, juste l’envie de capter ce calme, comme on r...