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Articles

Quand la Loire regarde le ciel

Je me souviens très précisément de ce moment. J’étais sur le Pont Wilson , le pont de pierre, sans projet, sans contrainte . Une balade photo comme on en fait parfois, quand on ne cherche rien d’autre que le fait d’être dehors. Je regardais vers l’ouest, là où la Loire s’élargit et où le regard finit toujours par partir plus loin que la ville. Dans mes écouteurs, One . Une musique qui accompagne les questions sans jamais y répondre. Il y avait ce léger flottement intérieur. Cette sensation d’être à un carrefour sans panneau. Qu’est-ce que je vais faire maintenant. Qu’est-ce que je vais découvrir. Rien d’angoissant, plutôt une disponibilité. Comme ces papillons qu’on ne poursuit plus, mais qu’on laisse venir se poser, s’ils en ont envie. Le ciel était vaste, changeant, presque trop grand pour la ville. La Loire, elle, restait immobile, fidèle à sa ligne, indifférente à mes états d’âme. Et puis, au moment de partir, juste avant de rompre l’instant, je me retourne. Par réflexe. Par habi...
Articles récents

Sous les phares, la ville respire

J’étais en mode pêche. Non pas pour attraper des poissons, mais des instants. Des reflets. Des signes. J’attendais quelque chose de plus fragile qu’un événement. Un regard , peut-être. Un sourire . Cette attente-là ne s’annonce pas, elle s’installe doucement, elle occupe tout. Elle ne fait pas de bruit, mais elle pèse. Fatigué, vidé par la journée, je m’y suis abandonné comme on s’abandonne au courant d’un fleuve. Alors je me suis assis sur un banc , avenue de Grammont. L’air était frais, chargé d’humidité, et la ville vibrait encore des derniers échos du jour. La nuit venait de tomber, lentement, sans drame. Le bitume luisait sous les réverbères, comme une mer grise et mouvante, une surface qui respire. Les vitrines baissaient leurs paupières de métal. Les enseignes s’éteignaient une à une. Il restait les phares, les halos, les ombres. Et moi, sur ce banc, à guetter une lumière , un signe, quelque chose ou quelqu’un qui me regarde en retour. C’est là que tout a commencé. Une lumière ...

Sous le ciel, la matière - Série 2

  Je marchais sans but précis, téléphone en main. Pas pour téléphoner, non. Juste pour voir autrement. La ville, après la pluie, semblait lavée de son bruit. Le goudron respirait. Les façades brillaient d’un éclat humide. Et là, sur le bord d’un escalier, un éclat plus doux a accroché mon regard. Un morceau de fer, sculpté, patiné, banal. Mais la lumière le touchait comme on effleure une joue endormie. J’ai levé le téléphone. Pas pour voler une image. Pour écouter ce que le monde disait dans ce chuchotement de métal et de jour. Une seconde, tout s’est arrêté. Et j’ai su que c’était là. Le lieu n’a rien d’exceptionnel. Un escalier ordinaire, une rambarde, un mur clair. Mais tout y est matière. Le fer raconte la main de l’homme. La pierre raconte le temps. Et l’air, entre les deux, raconte le passage. La photo a été prise à hauteur d’épaule, dans l’axe de la rambarde. Je voulais que la ligne m’emmène vers le haut. Le téléphone m’a obligé à m’approcher, à respirer dans le cadre. Pas d...

L’eau qui se souvient

Il y a des jours où je ne cherche rien. Et c’est justement là que quelque chose me trouve. Ce dimanche de mars, le ciel de Tours tirait vers le gris perle. Un froid encore léger, une lumière d’hiver qui s’étire sans vraiment réchauffer. Je marchais dans le jardin des Prébendes d’Oé, en errance douce, ni pressé ni posé. C’est un lieu familier, presque intime. J’y passe depuis des années, souvent sans m’arrêter. Un de ces endroits qu’on connaît trop bien pour les voir encore. Et pourtant, ce jour-là, quelque chose s’est déplacé. Pas la fontaine - elle est immobile depuis des décennies - mais mon regard. Une bascule minuscule : un éclat d’eau, un ruissellement, une vibration. Je me suis arrêté. Le bruit de l’eau couvrait le murmure de la ville. Ce n’était ni le vent ni la foule, juste un souffle liquide. Le genre de son qui nettoie la tête sans qu’on le veuille. J’ai sorti mon téléphone - mon Pixel 6 - sans réfléchir. Pas d’intention d’artiste, juste l’envie de capter ce calme, comme on r...

Passages - série 1

Ce n’est pas une série que j’ai cherchée. J'ai trié des photos et c’est elle qui m’a trouvé. Un jour où tout semblait banal : marcher, regarder, passer . Et soudain, le mot s’est imposé : passages. Il y en avait partout. Dans les rues, dans les ombres, dans les visages. Le monde entier semblait traversé d’entre-deux. J’ai commencé à photographier sans plan, comme on écrit un journal intime à ciel ouvert. Chaque image, une respiration. Chaque cadre, un seuil. La première photo, c’est une porte . Fermée. Peinte à moitié, griffée par le temps. Les barreaux ne protègent plus rien. Ils disent seulement : tu ne passeras pas. Mais la lumière, elle, passe. Elle découpe la grille, caresse la pierre. C’est par elle que tout commence : un mur, et pourtant une ouverture. La deuxième, c’est un couple . Ils s’enlacent sur un pont, inconscients du monde. Leur amour fait office de passage : entre deux âges, deux rives, deux certitudes. Leur silhouette douce contraste avec la rugosité du parapet. L...

Dernière chasse avec mon vieux Sony

(Tours, un matin clair)  Il y a des jours où la ville semble vibrer d’une lumière trop franche, presque insolente . Ce matin-là, je n’avais pas prévu de saisir quelque chose de précis. J’étais simplement sorti en « mode chasse » , comme j’aime le dire, l’appareil à la main, l’œil à demi disponible, guettant ce qui pourrait s’offrir. Mon pas si vieux Sony , fidèle compagnon de tant de marches, portait encore les traces d’autres rues, d’autres lumières, d’autres histoires. Je ne savais pas encore qu’il vivait ses derniers mois, peut-être ses derniers jours... La rue Nationale s’étirait devant moi, baignée d’un éclat presque méditerranéen. Les façades blanches captaient le soleil et le renvoyaient en éclats mouvants sur les vitres des boutiques. Je marchais lentement, musique dans les oreilles , attentif au rythme des pas, aux ombres courtes, aux silhouettes pressées. Puis mon regard s’est arrêté sur l’autre trottoir, sur une scène ordinaire... tellement banale qu’elle en devenait i...

Un appareil photo pour capter l’âme des rues

Il y a des images qui marquent une fin , et d’autres qui annoncent un recommencement. La photo que je publie aujourd’hui, Tours, un matin clair , appartient un peu aux deux. Elle a été prise avec mon vieux Sony, celui qui m’accompagne depuis tant d’années, dans le froid, sous la pluie, au petit matin comme au cœur de la nuit. Ce jour-là, je ne le savais pas encore, mais il vivait ses derniers instants de lumière. Quelques semaines plus tard, il allait rendre l’âme. Depuis, je marche toujours, mais sans ce regard mécanique devenu le prolongement du mien. Il me manque. Photographier sans appareil, c’est comme respirer à moitié. Je vois, j’imagine, je compose… mais il me manque l’outil pour fixer ce dialogue silencieux avec la ville, cette manière de dire sans mots ce que les rues me racontent. Alors j’ai décidé de lancer une campagne Ulule . Non pas pour me lancer dans une aventure spectaculaire, mais simplement pour continuer à faire ce que j’aime : révéler la beauté cachée des rues, l...