Je me souviens très précisément de ce moment. J’étais sur le Pont Wilson , le pont de pierre, sans projet, sans contrainte . Une balade photo comme on en fait parfois, quand on ne cherche rien d’autre que le fait d’être dehors. Je regardais vers l’ouest, là où la Loire s’élargit et où le regard finit toujours par partir plus loin que la ville. Dans mes écouteurs, One . Une musique qui accompagne les questions sans jamais y répondre. Il y avait ce léger flottement intérieur. Cette sensation d’être à un carrefour sans panneau. Qu’est-ce que je vais faire maintenant. Qu’est-ce que je vais découvrir. Rien d’angoissant, plutôt une disponibilité. Comme ces papillons qu’on ne poursuit plus, mais qu’on laisse venir se poser, s’ils en ont envie. Le ciel était vaste, changeant, presque trop grand pour la ville. La Loire, elle, restait immobile, fidèle à sa ligne, indifférente à mes états d’âme. Et puis, au moment de partir, juste avant de rompre l’instant, je me retourne. Par réflexe. Par habi...
J’étais en mode pêche. Non pas pour attraper des poissons, mais des instants. Des reflets. Des signes. J’attendais quelque chose de plus fragile qu’un événement. Un regard , peut-être. Un sourire . Cette attente-là ne s’annonce pas, elle s’installe doucement, elle occupe tout. Elle ne fait pas de bruit, mais elle pèse. Fatigué, vidé par la journée, je m’y suis abandonné comme on s’abandonne au courant d’un fleuve. Alors je me suis assis sur un banc , avenue de Grammont. L’air était frais, chargé d’humidité, et la ville vibrait encore des derniers échos du jour. La nuit venait de tomber, lentement, sans drame. Le bitume luisait sous les réverbères, comme une mer grise et mouvante, une surface qui respire. Les vitrines baissaient leurs paupières de métal. Les enseignes s’éteignaient une à une. Il restait les phares, les halos, les ombres. Et moi, sur ce banc, à guetter une lumière , un signe, quelque chose ou quelqu’un qui me regarde en retour. C’est là que tout a commencé. Une lumière ...