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Articles

Affichage des articles du novembre, 2025

Sous les phares, la ville respire

J’étais en mode pêche. Non pas pour attraper des poissons, mais des instants. Des reflets. Des signes. J’attendais quelque chose de plus fragile qu’un événement. Un regard , peut-être. Un sourire . Cette attente-là ne s’annonce pas, elle s’installe doucement, elle occupe tout. Elle ne fait pas de bruit, mais elle pèse. Fatigué, vidé par la journée, je m’y suis abandonné comme on s’abandonne au courant d’un fleuve. Alors je me suis assis sur un banc , avenue de Grammont. L’air était frais, chargé d’humidité, et la ville vibrait encore des derniers échos du jour. La nuit venait de tomber, lentement, sans drame. Le bitume luisait sous les réverbères, comme une mer grise et mouvante, une surface qui respire. Les vitrines baissaient leurs paupières de métal. Les enseignes s’éteignaient une à une. Il restait les phares, les halos, les ombres. Et moi, sur ce banc, à guetter une lumière , un signe, quelque chose ou quelqu’un qui me regarde en retour. C’est là que tout a commencé. Une lumière ...

Sous le ciel, la matière - Série 2

  Je marchais sans but précis, téléphone en main. Pas pour téléphoner, non. Juste pour voir autrement. La ville, après la pluie, semblait lavée de son bruit. Le goudron respirait. Les façades brillaient d’un éclat humide. Et là, sur le bord d’un escalier, un éclat plus doux a accroché mon regard. Un morceau de fer, sculpté, patiné, banal. Mais la lumière le touchait comme on effleure une joue endormie. J’ai levé le téléphone. Pas pour voler une image. Pour écouter ce que le monde disait dans ce chuchotement de métal et de jour. Une seconde, tout s’est arrêté. Et j’ai su que c’était là. Le lieu n’a rien d’exceptionnel. Un escalier ordinaire, une rambarde, un mur clair. Mais tout y est matière. Le fer raconte la main de l’homme. La pierre raconte le temps. Et l’air, entre les deux, raconte le passage. La photo a été prise à hauteur d’épaule, dans l’axe de la rambarde. Je voulais que la ligne m’emmène vers le haut. Le téléphone m’a obligé à m’approcher, à respirer dans le cadre. Pas d...

L’eau qui se souvient

Il y a des jours où je ne cherche rien. Et c’est justement là que quelque chose me trouve. Ce dimanche de mars, le ciel de Tours tirait vers le gris perle. Un froid encore léger, une lumière d’hiver qui s’étire sans vraiment réchauffer. Je marchais dans le jardin des Prébendes d’Oé, en errance douce, ni pressé ni posé. C’est un lieu familier, presque intime. J’y passe depuis des années, souvent sans m’arrêter. Un de ces endroits qu’on connaît trop bien pour les voir encore. Et pourtant, ce jour-là, quelque chose s’est déplacé. Pas la fontaine - elle est immobile depuis des décennies - mais mon regard. Une bascule minuscule : un éclat d’eau, un ruissellement, une vibration. Je me suis arrêté. Le bruit de l’eau couvrait le murmure de la ville. Ce n’était ni le vent ni la foule, juste un souffle liquide. Le genre de son qui nettoie la tête sans qu’on le veuille. J’ai sorti mon téléphone - mon Pixel 6 - sans réfléchir. Pas d’intention d’artiste, juste l’envie de capter ce calme, comme on r...

Passages - série 1

Ce n’est pas une série que j’ai cherchée. J'ai trié des photos et c’est elle qui m’a trouvé. Un jour où tout semblait banal : marcher, regarder, passer . Et soudain, le mot s’est imposé : passages. Il y en avait partout. Dans les rues, dans les ombres, dans les visages. Le monde entier semblait traversé d’entre-deux. J’ai commencé à photographier sans plan, comme on écrit un journal intime à ciel ouvert. Chaque image, une respiration. Chaque cadre, un seuil. La première photo, c’est une porte . Fermée. Peinte à moitié, griffée par le temps. Les barreaux ne protègent plus rien. Ils disent seulement : tu ne passeras pas. Mais la lumière, elle, passe. Elle découpe la grille, caresse la pierre. C’est par elle que tout commence : un mur, et pourtant une ouverture. La deuxième, c’est un couple . Ils s’enlacent sur un pont, inconscients du monde. Leur amour fait office de passage : entre deux âges, deux rives, deux certitudes. Leur silhouette douce contraste avec la rugosité du parapet. L...