Entre provocation et fascination, la bête s’impose
Ce géant polygonal, mi-animal mi-créature fantastique, ne laisse personne indifférent. Certains l’adorent, d’autres le rejettent, mais tous finissent par en parler.
Un jour, assis sur un banc, appareil photo en main, j’ai voulu capturer cette présence étrange. Et c’est à ce moment-là que la scène s’est écrite d’elle-même, entre art, mouvement et quotidien.
Le jour où j’ai rencontré le Monstre
J’étais assis, cherchant le bon angle pour photographier cette silhouette massive. Le soleil filtrait à travers les arbres, projetant des ombres mouvantes sur les pavés de la place. Devant moi, la bête semblait guetter, figée dans son rugissement silencieux.
Au moment où j’ajustais mon cadrage, un groupe de passants a surgi. Deux jeunes, insouciants, plongés dans leur discussion, sont passés devant l’œuvre sans même lever les yeux. Ils traversaient la place, absorbés par leur monde, tandis que derrière eux le Monstre se dressait, imposant et immobile.
La photo que je m’apprêtais à prendre ne serait pas une simple image de sculpture. Elle raconterait une histoire : celle de l’art qui dialogue avec la vie, du contraste entre l’éternité figée de la pierre et la légèreté passagère des pas humains.
Le Monstre de Tours : une œuvre qui divise
Installé en 2004, Le Monstre est l’une des œuvres les plus célèbres – et les plus controversées – de Xavier Veilhan. L’artiste, connu pour ses sculptures géométriques et futuristes, a imaginé ici une créature hybride, entre dinosaure et dragon, taillée dans des formes anguleuses.
À Tours, cette sculpture a longtemps suscité des débats passionnés.
- Certains y voient un geste artistique audacieux, une manière de bousculer l’image classique du centre-ville.
- D’autres considèrent qu’elle dénature le charme historique de la place, entourée de maisons à colombages et de bâtiments anciens.
Mais qu’on l’aime ou qu’on la déteste, une chose est sûre : le Monstre ne laisse personne indifférent.
L’art urbain comme miroir de la ville
Ce qui m’a frappé en observant cette scène, ce n’est pas seulement la sculpture elle-même, mais son interaction avec la vie quotidienne.
Chaque jour, des dizaines de passants traversent la Place du Monstre sans s’arrêter. Certains jettent un coup d’œil curieux, d’autres accélèrent le pas, quelques-uns prennent une photo. Et puis il y a ceux qui, comme les jeunes capturés dans mon cliché, ignorent complètement sa présence.
Et pourtant, la bête est là.
Elle observe, silencieuse, témoin des conversations, des rencontres, des promenades. Elle fait partie du paysage, comme un repère immobile au milieu du flux humain.
C’est tout le paradoxe de l’art urbain : il n’existe vraiment que lorsqu’il est vécu. Sans les passants, sans la vie autour, le Monstre ne serait qu’une masse de béton. Avec eux, il devient une scène, un acteur, un compagnon de route.
Une sculpture qui interroge le temps
Ce contraste entre mouvement et immobilité m’a profondément marqué.
- Le Monstre, immuable, incarne la permanence. Il est toujours là, jour après jour, saison après saison.
- Les passants, eux, incarnent l’éphémère. Leurs pas résonnent quelques secondes sur les pavés avant de disparaître.
La photo en noir et blanc accentue encore ce contraste : les lignes géométriques de la sculpture semblent éternelles, tandis que les silhouettes humaines paraissent fragiles, fugitives.
C’est peut-être cela, le véritable rôle du Monstre : nous rappeler que nous ne faisons que passer.
Le Monstre comme symbole de Tours
Au fil des années, la sculpture est devenue un emblème malgré elle. Beaucoup de touristes la cherchent, beaucoup d’habitants la critiquent ou la défendent. Elle fait partie des parcours artistiques et des photos souvenirs.
Pour certains, elle incarne la modernité qui s’invite dans le patrimoine historique de Tours. Pour d’autres, elle reste une provocation.
Mais si l’on prend le temps de l’observer, de s’asseoir et de regarder les gens défiler autour, on comprend qu’elle est plus qu’un objet esthétique. Elle est un miroir de la ville : une cité à la croisée du passé et du présent, du patrimoine et de la création contemporaine.
Photographier le Monstre : une expérience unique
Prendre en photo cette sculpture n’est jamais anodin.
Chaque angle raconte une histoire différente :
- Vu de loin, il domine la place comme un gardien de pierre.
- Vu de dessous, il paraît gigantesque, presque menaçant.
- Avec des passants dans le cadre, il change de rôle : protecteur, décor ou simple figurant.
En choisissant le noir et blanc, j’ai voulu accentuer la puissance de ses lignes, le contraste entre ses formes tranchantes et la douceur des silhouettes humaines.
Mon cliché n’a pas seulement capturé une sculpture : il a figé la rencontre entre l’art, la ville et la vie.
Apprivoiser le Monstre
Au fond, le Monstre de Xavier Veilhan n’est pas là pour plaire. Il est là pour questionner, déranger, surprendre. Il nous rappelle que l’art n’est pas seulement décoratif : il est vivant, interactif, parfois inconfortable.
Assis sur mon banc ce jour-là, j’ai compris que la véritable beauté de cette œuvre résidait dans son dialogue avec le quotidien. Ce n’est pas un monstre qui fait peur, mais un monstre qui observe, qui nous pousse à lever les yeux, à réfléchir, à ressentir.
Alors, la prochaine fois que vous passerez Place du Grand Marché à Tours, prenez un instant. Arrêtez-vous devant lui. Regardez les passants, les façades anciennes, les jeux d’ombres et de lumière. Et laissez le Monstre vous raconter son histoire.
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