Depuis plusieurs années, je photographie Tours avec régularité. Pas dans l’idée d’accumuler des images, ni de “faire le centre” comme on coche une case sur une carte. J’y retourne. Encore et encore. Aux mêmes endroits. À des heures différentes. Parfois sous la pluie, parfois dans le silence d’un matin d’hiver, parfois dans la lumière dorée d’une fin de journée d’été.
À force, quelque chose s’est produit.
Les images ont commencé à dialoguer entre elles. Certaines parlaient de solitude. D’autres de transmission. D’autres encore de mémoire. Je me suis rendu compte que je ne photographiais pas simplement une ville. Je photographiais une continuité. Une présence ancienne qui traverse le présent.
Alors l’idée m’est venue presque naturellement : et si je traçais un parcours ? Non pas un circuit touristique, mais un chemin sensible. Un fil conducteur. Un thème.
J’ai choisi de l’appeler L’âme ancienne de Tours.
Ce parcours peut se parcourir en environ une heure, à un rythme tranquille. Il couvre un peu plus de deux kilomètres, ce qui permet de rester concentré sans s’épuiser. Mais l’essentiel n’est ni la durée ni la distance. Ce qui compte, c’est l’attention. On entre progressivement dans un patrimoine vivant, fait de détails, de matières, de façades qui ont traversé les siècles et continuent de regarder passer les hommes.
Tout commence devant l’Hôtel de Ville de Tours.
Bâtiment imposant de la fin du XIXe siècle, il affirme une ville administrative, structurée, républicaine. C’est une façade de pouvoir et d’équilibre. Commencer ici, c’est partir d’un cadre officiel pour aller progressivement vers quelque chose de plus intime. On quitte la monumentalité pour chercher la mémoire.
À quelques pas se trouve Le Vinci - Palais des Congrès.
Architecture contemporaine, lignes plus tendues, verre et modernité. Ce contraste est important : il rappelle que Tours n’est pas figée. La ville dialogue en permanence entre passé et présent.
Puis l’on rejoint le Musée des Beaux-Arts de Tours, installé dans l’ancien palais des archevêques.
Ce lieu est chargé d’histoire religieuse et artistique. La cour, les façades, les volumes racontent une Tours épiscopale, influente, culturelle.
En avançant, la silhouette de la Cathédrale Saint-Gatien de Tours s’impose.
Construction étalée du XIIIe au XVIe siècle, elle concentre des siècles de foi, de puissance et de patience architecturale. Les arcs-boutants, les vitraux, la verticalité donnent le sentiment d’un élan vers le ciel. C’est l’un des cœurs symboliques de la ville.
À proximité, le Cloître de la Psalette offre un espace plus secret. Construit entre le XVe et le XVIe siècle, il était destiné aux chanoines. C’est un lieu de silence et d’équilibre, presque en retrait du tumulte urbain. On y ressent une respiration différente.
Le Passage du Cœur Navré prolonge cette impression.
Son nom intrigue. Il évoque une histoire ancienne, des légendes locales, une dimension plus intime de la ville. Les passages étroits sont souvent ceux qui gardent le plus de mémoire.
En rejoignant la Place Foire-le-Roi, on retrouve une trace directe du Moyen Âge marchand.
Tours était un carrefour commercial majeur. Les foires structuraient la vie économique. Cette place garde l’empreinte de ces rassemblements d’autrefois.
Puis vient le Pont Wilson, appelé Pont de pierre.
Reconstruit après l’effondrement partiel de 1978 (j'avais 8 ans 😱), il relie les rives de la Loire et rappelle que la ville s’est toujours construite autour du fleuve. Traverser ou simplement l’approcher, c’est sentir l’ouverture, la respiration ligérienne.
En revenant vers le cœur ancien, on retrouve l’Hôtel Goüin, joyau Renaissance du XVe siècle.
Ancienne demeure de marchands, il témoigne de la prospérité tourangelle. Sa façade sculptée incarne l’élégance et la richesse d’une époque où Tours rayonnait économiquement.
Quelques minutes plus loin, la Place Plumereau apparaît.
Sans doute l’image la plus connue du vieux Tours. Mais derrière l’animation contemporaine, les maisons à colombages des XVe et XVIe siècles racontent une ville reconstruite, préservée, sauvée de l’oubli au XXe siècle.
En quittant la place, la Rue du Petit Soleil semble médiévale et paisible.
Pourtant, les yeux doivent se baisser. Au sol, une étoile bleue rappelle les maisons closes des années 1930. Un signe discret, presque secret, qui révèle une mémoire plus sociale et nocturne du vieux Tours.
Puis surgit la Tour Charlemagne, vestige de l’ancienne basilique Saint-Martin.
Elle porte à elle seule une mémoire immense : celle du culte de Saint Martin, figure majeure du christianisme en Occident. La tour est une trace debout, une survivance monumentale au milieu de la ville contemporaine.
Enfin, le parcours s’achève à la Brasserie Madeleine.
S’installer en terrasse ou à l’intérieur, poser son appareil, laisser reposer le regard. La ville continue de vivre autour de vous. Le parcours ne se termine pas vraiment. Il se transforme en contemplation.
Si vous empruntez cet itinéraire, partagez vos images avec le hashtag #rptours1. Un même parcours, une même ville… et pourtant des sensibilités différentes. C’est dans cette diversité de regards que Tours révèle toute sa richesse.
Ce parcours n’est pas un circuit touristique. C’est une invitation à traverser Tours en conscience. À sentir comment les siècles se superposent. À comprendre que l’âme ancienne d’une ville ne disparaît jamais vraiment.
Elle attend simplement qu’on prenne le temps de marcher.






















